A propos de

la ville de Thiers ...


Extraits empruntés à  

Satan comme la foudre

 Roman, Corréa, 1955




THIERS, Château du Pirou



   Lorsque mon père fut nommé à Thiers, j'avais sept ans...  Plus d'un quartier médiéval, resté intact en

 dépit de l'injure des siècles, affirme la péren­nité d'une race éprise de solides traditions et sa fidélité à

son histoire laborieuse. La ville s'est bâtie sur les bords escarpés d'une rivière écumeuse, pourtant

 débonnaire, serviable aux hommes, cette Durolle... Accrochée au rocher, elle domine de très haut la

 Limagne, plaine choyée du soleil et du ciel. Bien des fenêtres regardent le sud et le couchant,

conservant  jus­qu'à nuit tombée les chauds reflets de l'extase crépusculaire. Des cultures modestes, des

éten­dues de genêts, des pins et des châtaigniers cou­vrent, au nord, l'étagement des rudes collines

tutélaires. En ce temps-là plus encore qu'aujour­d'hui, l'activité du bon peuple revêtait la forme

artisanale, convenable essentiellement à son esprit d'indépendance. En tout logis, parfois dans la

cuisine même, était aménagé un atelier. On voyait, de la rue, les compagnons couteliers courbés sur

l'établi, travaillant de la lime et du marteau. Il y avait bien quelques usines, il est vrai, et je conserve le

souvenir de leurs émouleurs noirs, couchés à plat ventre sur une planche déclive, aiguisant dans un

jaillissement d'étincelles les longues lames brunes aux meules impétueuses. Le professeur qu'était mon

père avait ainsi, au cours de nos promenades, des occasions faciles de nous mettre au fait de la peine

éternelle des hommes. (page 23)


   Le vieux pays auvergnat, magnifié par le printemps, livrait à perte de vue ses trésors. Les neiges de la

chaîne des Dômes scintillaient à l'horizon, par-delà la Limagne bienheureuse, toute de reflets, de

verdure nais­sante et de brume dorée. Les collines s'enflaient sous le ciel comme au rythme d'un

souffle. Un prodigieux et universel transport annihilait la suprême résistance de l'hiver.  (page 43)


   C'était jour de marché. Bien des paysannes étaient descendues de la montagne, en bonnet blanc aux

bords tuyautés et châle de l'ancien temps. Des forains, sur la place de la mairie, donnaient de la voix.

Dans la partie basse de l'étroite rue du Bourg, si prompte à dévaler de l'hôtel de ville jusqu'au château

du Piroux, orgueil des natifs, monument cinq fois séculaire, historique, aux étages en encorbelle­ment,

s'alignaient les paniers des vendeuses de fleurs et de légumes. Tout était lumière sur les faîtes noircis

par l'âge, contre les façades médié­vales, aux flancs chaotiques de la rousse «Margeride», dans les

échappées de vue, par quoi,  à l'improviste, de toute venelle, — charme curieux de la cité, — on a

l'heureuse révélation de portions signalées de la Limagne, tout était azur léger, reflets et scintillements

subtils, trem­blantes vapeurs. (page 75)


     Là-bas, à Thiers, la lumière de la lune ruisselle sur les rochers de la «Margeride», se divise aux

   arêtes rugueuses, se rassemble dans les sentiers et les ravines, où, jadis, cheminaient au péril de leur

   vie, solitairement, les brocan­teurs et les  meuniers. La Durolle va son train au fond de sa gorge noire.

   Sur les escarpements de la rive droite, les tombes du vieux cimetière de Saint-Jean se pressent en dés

  ordre, mais, dans cedésordre même, le doux pouvoir du clair de lune établit avec patience une tranquille harmo-­

  nie.  (page 269)






La maison (aujourd'hui) de THIERS (Avenue des Etats-Unis),

chère au coeur de MOLAINE,

où il passa son enfance, son adolescence et qu'il aimait retrouver souvent.


NB : Extraits qui, parmi d'autres, permettent de mesurer combien l'auteur éprouvait d'attachement 

pour la ville de Thiers et combien, de ce fait, l'oeuvre romanesque est irriguée

de souvenirs autobiographiques.


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