(En cours d'élaboration)


Extraits et


Citations


Hautes oeuvres

Les hommes ne devraient rien pouvoir sans Dieu, et bientôt Dieu ne pourra plus rien sans les hommes. Il se laisse peu à peu déposséder par eux de son empire. D’ici quatre ou cinq millénaires, il abdiquera totalement entre leurs mains. C’est qu’il nous aime, hélas ! (page 7/8)


Je rêve d’un thermomètre magique qui, appliqué au rectum des âmes, en éprouverait sommairement la qualité. (page 25)


Trop d’humilité messied en matière d’évangélisation. La place d’un entraîneur d’âmes est en première ligne. Prôner sincèrement le bien est méritoire. Payer d’exemple est mieux. (page 36)


Pourquoi, dans Le Nouveau Testament, la voix de Dieu se révèle-t-elle affaiblie, hésitante et comme vieillie ? Il semble que, fatigué par l’exercice du pouvoir et, désespérant de mettre les hommes à la raison, résolu à n’être plus qu’un Dieu in partibus, il n’ait envoyé Jésus sur terre que pour sauver la face. En la personne de son Fils, il est abreuvé d’avanies, couronné d’épines et fouetté. Il essuie des crachats. Il se laisse mettre à mort. Il se retire en son éternité comme Charles-Quint dans son monastère. Retraite incompréhensible, dont nulle intervention ne l’a décidé à sortir depuis près de deux mille ans.. (page  62)


La musique des mots ! Voilà l’harmonie suprême. J’ouvre mon dictionnaire. J’y plonge profond. J’y vais chercher des mots, des mots, encore des mots, comme un pêcheur des huitres. Il est des mots-fleurs, des mots-poissons, des mots-chacals, des mots-écrevisses, des mots-ténias, longs et blanchâtres, des mots-tigres, nobles et féroces, des mots-moustiques, qui fredonnent et s’acharnent, des mots-pelles, larges et plats, faits pour soulever d’un seul coup un gros poids d’idées, des mots-scies, qui mordent et découpent, des mots-varlopes, criards et prompts, il est des mots, des mots, des mots. Et chacun pourrait avoir pour symbole une image, s’apparenter à une famille, non pas en raison de la signification précise qu’on est convenu de lui donner dans le langage des hommes, mais à cause de sa petite musique suggestive, de son timbre, de son résonnement. (page 173/174)



Du lycée Papillon

Un prof ne peut pas ne pas être intelligent. Ses diplômes font foi. D’ailleurs, étrange phénomène, il suffit au plus balourd de monter en chaire pour devenir instantanément, par magie, une des lumières du temps. Il est seul à le savoir, mais il le sait bien. Il s’en vante. Il le proclame. Il s’en prévaut, Lui seul voit loin. Lui seul pense clair. Lui seul dit juste. Il n’accepterait point la contradiction s’il n’était désormais entré dans ses habitudes d’accepter toutes les contradictions, même les plus offensantes. Advient-il qu’il se contredise lui-même ? C’est signe d’intelligence. Que si, s’étant contredit, il se contredit encore pour revenir, ou peu s’en faut, à son opinion première, c’est plus que jamais preuve d’agilité d’esprit. Comment voulez-vous qu’il ne soit pas intelligent, puisqu’il fait partie de l’intelligentsia ( page 16)


On ne conçoit pas d’autorité utile sans autorité de droit, ni d’autorité de droit sans autorité de fait, ni d’autorité de fait sans droit de sanction, ni de droit de sanction sans liberté d’en faire usage. (page 50)


En salle des profs, on ne médit pas. Ne pas dire du bien, que l’on sache, ce n’est pas médire. Dire du mal, mais en tout bien, tout honneur, ce n’est pas médire. Supposer à voix haute et s’efforcer d’accréditer ce que d’autres répugnent à imaginer ou confier à voix basse, ce n’est pas médire. Caricaturer à gros traits ses collègues en s’ en prenant de préférence aux faibles et aux disgraciés, ce n’est pas médire. Se réjouir de notoires détresses en affectant la compassion et la sollici­tude, ce n’est pas médire. Fouiller sadiquement dans la vie privée des uns et des autres, c’est agir en moraliste et en psychologue. Assouvir ses rancunes, ses jalousies, ses haines, c’est faire œuvre de sociologue ou de justicier. Calomnier c’est se montrer brillant causeur. S’acharner à détruire les valeurs, spécialement les valeurs concurrentes, c’est se conformer à une grande tradition universitaire, celle de la remise en question permanente des données, des concepts, des immanences, des transcendances, des mystiques, des morales, des finalités. Un prof sans esprit critique n’est pas un bel esprit au sens propre du terme. Curieuse anomalie : les profs les plus doués pour la critique destructive sont tota­lement inaptes à ce qu’il est convenu d’appeler l’autocritique. (page 82)


Les profs s’évertuent à nous définir la culture, le savoir - que sais-je encore ? - en prenant un air grave, averti, comme on parle à un aveugle des couleurs. La culture, disent-ils, ces maraudeurs de cita­tions lapidaires, c’est ce qui vous reste, lorsqu’on a tout oublié ; le sa­voir, d’autre part, c’est ceci ou cela. Dans ma candeur, je me dis bonne­ment que culture est le contraire de friche et que le savoir n’est rien d’autre que ce qu’on n’ignore pas. J’ajoute, à l’intention des profs, que diplôme ne signifie pas instruction, instruction ne signifie pas culture, culture ne signifie pas bon sens, id est intelligence suprême.(page 89)


Cela dit, qu’ils soient de rouge ou de rose obédience, tous les proviseurs d’aujourd’hui se ressemblent par la pusillanimité et la phobie des responsabilités. Apercevant leur ombre sur le mur, ils font trois pas en arrière et tremblent que leur ombre ne lève la main sur eux. Incrimi­nés à tour de rôle ou en chœur par les élèves, les profs, les parents, les inspecteurs, le recteur, la presse, les syndicats, le Ministre, ces persécutés se transforment volontiers en persécuteurs des personnels sans défense, les maîtres auxiliaires notamment, de qui nul syndicat n’a vraiment sou­ci. ( page 102)


J’ai assez de cette jeunesse corrompue, ava­chie, hystérique, vide, combinarde, prétentieuse, vaniteuse, bestiale, ro­quets ou singes toujours prêts a planter leurs crocs dans la main qui les flatte. J’ai assez des profs, Tartufes laïques, Gobsecks à la petite se­maine d’un enseignement dévalorisé, non violent, dans les bonnes causes, violents dans les mauvaises, renégats à perpétuité, songe-creux ou militants actionnant la crécelle des doléances abusives comme d’autres le moulin à prières. Je hais le faux, la fausseté, les sots, la sot­tise, les fadaises, le boursouflé, les palinodies, cette parodie du bien, cette caricature du devoir que l’on nous propose comme panacée. (page 114)


Je n’ai jamais entendu des parents faire l’aveu de leur culpa­bilité. Il nous accusent, nous, qu’il osent appeler les “ éducateurs seuls qualifiés ”, ils nous accusent tour à tour ou à la fois, de faiblesse, d’auto­ritarisme, d’impéritie, de carence, de paresse, d’ignorance, d’activité brouillonne, de péculat mental, d’orgueil dément, de sénilité sordide, de perversion sexuelle, de puritanisme borné. Si le fiston est recalé, c’est à cause de nous. S’il est reçu, c’est malgré nous. S’il est malade, c’est que nous l’avons persécuté ou surmené, pris honteusement en grippe ou soumis au rendement forcé, au supplice de la question par la science. S’il est bien portant, c’est qu’ils y veillent et que, d’ailleurs, nous n’exi­geons de lui aucun effort. S’il ne comprend pas, c’est que nos explica­tions ne sont pas claires. S’il comprend aisément c’est qu’il a de qui te­nir et qu’il mériterait de meilleurs maîtres, qui ne s’en laisseraient pas remontrer par les meilleurs élèves. S’il tourne au voyou, c’est qu’il est à bonne école. Si nous essayons d’amadouer ce voyou, de quoi nous mê­lons-nous ? Si nous  le punissons, scandale ! Si nous voulons l’exclure vengeance ! (page115)


Pa­role d’agrégé n’est point parole de Très-Haut. Tous les imbéciles ne sont pas agrégés, mais nombre d’agrégés sont des imbéciles Vingt dindons et quatre phénix ne vous ont jamais fait deux douzaines d’oiseaux rares. Plumage ni poils ne forment à eux seuls la bête. bel esprit ne signifie pas toujours bonne cervelle. Tel qui porte haut la tête s’enroue au pre­mier cocorico. Vingt agrégés sur vingt-quatre s’aiment égocentrique­ment d’amour infini, s’admirent à proportion, s’extasient sur leurs dons, leur savoir,  leurs mérites et vouent à leur propre personne une recon­naissance extrême pour le service qu’ils rendent à l’humanité présente et à venir en étant ce qu’ils sont. Les quatre autres, mélancoliques, discrets, se laissent modestement juger à l’œuvre et non d’après leur diplôme fallacieux. (page 139)


Il est connu qu’il n’est pas de pire aristocrate que celui qui s’imagine avoir son brevet de noblesse et qu’il ne se trouve pas de pire démagogue que le même aristocrate saisi de la peur de perdre sa particule et ses privi­lèges.(agrégé, p 145)


Un des travers les plus répandus des profs, c’est leur manie de se mêler de ce qui ne les regarde point. Sur tout chapitre on les voit prendre position hardie et solennelle, très rarement périlleuse toutefois. Bon nombre de questions dépassent ces pontifes très faillibles, et ils comprennent bien qu’ils n’y comprennent rien, mais ils ne comprendraient pas d’avoir à en dire moins que s’ils y comprenaient tant soit peu. Aussi nos rhéteurs de parler haut, de trancher sur tout, au nom de tous. Suffisant et gourmé au beau mitan des lieux communs et des vérités premières, pareil à un âne assis dans une mare, le prof s’endort lui-même, sans se convaincre, avec son prêchi-prêcha et se pose en champion des causes gagnées d’avance. Il estime qu’il ne peut moins faire envers l’humanité. Non sans candeur, enflure ni redondance, ce faux humaniste tient enseigne d’humanisme exclusif. L’Homme est le totem de son culte fervent, l’Homme avec une majuscule, l’Homme dans tous ses états et sous tous ses aspects, l’Homme en sa personne, sa condition, sa dignité, ses droits, son devenir, sa libération, son émancipation, sa promotion, voire – tenez-vous bien ! – son « humanisation ». Au seul nom de l’Homme, le prof le plus illettré, qu’il soit d’éducation physique, de chaudronnerie ou de technologie, entre en gésine, se pâme, se contorsionne et met bas enfin une portée navrante de truismes. Sous le rapport de l’Homme, tout a été dit depuis que le monde est monde, et certes il faut du temps pour que les aveugles voient et que les sourds entendent, mais rien n’a été dit de la manière du prof, seul à façonner par la magie de trois ou quatre lapalissades, des messages prétendument inouïs et plus aveuglants que les Tables de la Loi. Inutile de songer à le contredire. Infaillible est le prof en matière d’humanisme. Révoquer en doute le dogme de l’infaillibilité professorale mériterait la hart et sentirait le fagot. Il s’est vu déjà des hérésies laïques. Celle-ci ressortirait à un Torquemada formé par la Gestapo. Le prof peut d’autant moins se tromper qu’il obéit à des voix inspirées. Elles lui viennent d’en haut, c’est-à-dire de son syndicat. Là trône l’Esprit Saint, le Paraclet, dispensateur des suprêmes vérités. (p.190)