Biographie sommaire





Né à Voiron en 1906, Pierre MOLAINE (pseudonyme de Léopold FAURE) passa sa jeunesse dans la ville de Thiers, "accrochée aux rochers par les ongles du temps", son père y exerçant la fonction de professeur de lycée.

Élève brillant et très tôt tourné vers la littérature, à l’âge de 18 ans, il gagna Paris pour y suivre un enseignement universitaire de Lettres et de Droit.

Nommé surnuméraire de l’Enregistrement, il démissionne très vite de l’administration des Finances qui ne peut satisfaire un caractère rebelle et passionné comme le sien et incorpore, en 1927, le 13ème Bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, intègre la même année l’École militaire de Saint-Maixent et se voit affecté, en 1928, au 92ème Régiment d’Infanterie de Clermont-Ferrand.


Au 92ème Régiment d'Infanterie


Après deux ans d’études à l’École militaire de l’Infanterie et des Chars de combat, il est nommé, en 1930, lieutenant d’active.

Sous le pseudonyme d’Yvan KALININE (1), il publiera, en 1938, Frères humains (Editions Corrêa). Ce recueil de nouvelles (2) porte l'empreinte des expériences récemment vécues, mais déjà se dessine l'auteur épris d'un style recherché, attaché à l'expression de sentiments violents s'inscrivant dans l'évocation lyrique d'une nature farouche.

La déclaration de guerre le conduira à Lunéville, comme officier (capitaine) adjoint au commandant du parc de chars de combat de la Vème Armée, en la circonstance le colonel Charles de GAULLE, "un  démesuré  colonel  de chars  en  veste  de  cuir  fauve et gants blancs".

Molaine gardera de cet homme une impression très forte  qu’il  restituera, non  sans  une   évidente  distance  ironique, dans son roman Le Sang (Editions Calmann-Lévy, 1967).


En guerre, une pause devant son char


L'année 1944 sera celle de son mariage avec France CHAMBOST (1923-2000).


Aves sa femme, en 1944


Molaine fut affecté au commandement du 18ème Régiment d’Infanterie à Tarbes, puis en 1941, à l’Etablissement central de Cavalerie à Lyon. C’est dans cette ville d'ailleurs qu’il écrivit, au temps de son engagement dans l'Organisation de résistance de l'armée, son premier roman, Samson a soif (Editions Corrêa, 1943) et Violences (Editions Corrêa, 1944). Ce dernier, dont les plombs furent détruits par l'autorité allemande d'occupation et qui obtint des voix au Goncourt, inaugure le cycle des romans de guerre.

Avec Batailles pour mourir (Editions Corrêa, 1945), Pierre Molaine nous introduit à nouveau dans l’épopée de l’arme blindée, celle des valeurs qui illustrent un esprit fait de sacrifice, de vertus, et de traditions. Batailles pour mourir et Violences constituent une sorte d'apologie de la bravoure, comprise et vécue comme une vertu essentielle qui dispense presque de toutes les autres.


Le Heaume des chars


Dans De Blanc vêtu (Editions Corrêa, 1945), Molaine affine le portrait de ces équipages de chars de combat, héros simples et grands, qui ont fait le serment, à l’aube d’une attaque, de ne jamais manquer à leur amitié.

Puis vint Mort d’Homme (Editions Corrêa, 1946), une longue nouvelle plutôt qu’un roman. Molaine nous dessine une image du héros moderne : "un être d'une élégante brutalité qui cultive avec un candide orgueil, jusque dans la voie du sacrifice, du martyre, une attitude toujours dédaigneuse".

Après la parution de Hautes Œuvres (Editions Corrêa, 1946), Pierre Molaine va être nommé comme Ingénieur du Corps du Matériel et accédera au grade de commandant.

C'est l'époque d'une amitié féconde avec le romancier Charles PLISNIER.


Charles PLISNIER (1896-1952)


L’année  1950  a fait  de Molaine le lauréat du  Prix RENAUDOT, avec Les Orgues de l’enfer (Editions Corrêa). L’argument de ce roman ne se révèle que dans les vingt dernières pages  :  il s’agit  d’un  agitateur  politique  qui,  recherché par la police,  a trouvé refuge dans la section de neuropsychiatrie d’un grand hôpital. Molaine, lui même, retour de guerre, avait dû fréquenter, pendant un court temps, un service du même type.




Le prix RENAUDOT


Les affres passagers de la maladie contraindront Pierre Molaine à interrompre temporairement son service actif dans l’armée. Peut-être ce contexte débilitant a-t-il fait de lui l’auteur d’un essai sur la Sainte Vierge intitulé L’itinéraire de la Vierge Marie (Editions Corréa, 1952).

Avant son affectation à la direction de la 7e région militaire, en 1953, Pierre Molaine aura le temps de produire un nouveau roman Cimetière Saint-Médard (Editions Corréa, 1952), lui aussi voué à la violence, au terrible, au furieux, au pire.


Ce sont les événements d’Algérie qui conduiront Molaine à retrouver pleinement ses fonctions d’officier supérieur.

Les accès de spiritualité qui ont alimenté l’inspiration de Molaine l’ont conduit à la rédaction d’un ouvrage au titre signifiant, Satan comme la foudre (Editions Corréa, 1955), dont le critique René LALOU dira dans les Nouvelles littéraires (28 avril 1955) que "la réussite (en) est quasi parfaite" .

Durant l’année 1958, Molaine, pour des raisons éthiques liées au conflit algérien, qu'il n'approuvait pas en touts points,  quittera définitivement l’armée et intégrera l'administration de l’Éducation nationale. Devenu professeur de lettres, et renouant ainsi avec le contenu de ses études universitaires premières, il puisera peut-être dans sa fonction le thème de J’ai rêvé de lumière (Editions Calmann-Lévy, 1963), l’histoire d’"un petit prof de rien du tout".


Professeur à LYON


La Bidoche (Editions Calmann-Lévy, 1965), au titre provocateur, constituera l’avant-dernier livre publié par Molaine sous son peudonyme : un professeur d’université est en train de mourir et il imagine sa mort et ses obsèques.

C'est avec Le Sang (Editions Calmann-Lévy, 1967) que s'achèvera la production littéraire romanesque de Pierre Molaine.

En collaboration, il publiera cependant, mais sous le pseudonyme de Jean-Luc FABER, un nouveau roman : Où je vais, nul ne meurt (Denoël, 1975).



A l'heure du crépuscule


Le 17 octobre 2000, Pierre MOLAINE est mort à LYON

Depuis 2009 sont progressivement publiées les oeuvres inédites, mises à jour grâce à l'exploration des nombreuses archives laissées par l'auteur.

 


1)  "Je remarque... qu'il n'est pas très indiqué, en ce moment, de prendre le nom du président de l'URSS. "Eh bien, trouvez-m'en un autre", me dit-il. Je lui propose Molaine; c'est le nom d'un vent de mon pays, un nom qui vient de la Savoie, d'où Faure est originaire. Il l'adopte aussitôt. Comme prénom, nous tombons d'accord pour Pierre en souvenir d'un autre grand baptème."

Edmond BUCHET, Les Auteurs de ma vie, Buchet/Chastel, 1969, page 81

 

2) " Nous avions édité l'année dernière un recueil de nouvelles très remarquables d'un auteur qui signait du nom d'Yvan Kalinine. Nous ne l'avions jamais vu et ne savions rien de lui, sinon qu'il habitait Lyon. J'ai donc profité de mon passage dans cette ville pour le rencontrer. Ce Kalinine, en réalité, s'appelle Faure et il est officier de carrière, ce qui l'empêche de signer de son nom véritable. Il écrit par nécessité, comme il faut écrire, dans la solitude absolue, loin de tout milieu littéraire."

Edmond BUCHET, Les Auteurs de ma vie, Buchet/Chastel, 1969, page 80