...... "une autobiographie philosophique romancée" ...... Satan comme la foudre roman Editions Corréa, 1955 Notre fatalité est d' aller en trébuchant d'espoir en espoir, comme les esprits prédestinés vont du sensible à l'intelligible, de l'intelligible à l'impénétrable, haussant peu à peu le mystère en eux au mystère en soi soi, comme le vagabond va de borne en borne sur la dure route des réalités matérielles. Espoir, espoir ! (Page 114) ----- Comment d'inconséquents esprits, sincèrement religieux, mais imbus du mythe de l'action jusqu'à l'injustice, jusqu'à l'intolérance, osent-ils décrier un tel apanage? Je me souviens d'un aumônier militaire qui n'éprouvait nulle gêne, nulle pudeur à traiter les ordres voués à la contemplation d'associations d'inutiles et de paresseux. Lui se proposait en exemple, toujours sur la brèche, se dépensant en initiatives, gestes de Barité, conférences, réunions, algarades, suant l'eau et le sang au plus chaud de quotidiennes mêlées. Ce dévouement, en soi méritoire, n'exemptait point le soutanier d'une inexorable bassesse d'âme et de l'ignorance perverse de questions où il devait à son caractère d'être mieux versé. Le cas de cet exubérant commis-voyageur de la foi mérite d'être cité, car il n'est pas unique. L'immobile essor des contemplatifs vers les jardins d'éternelle lumière, leur autorité d'opiniâtres médiateurs, leur ascendant sur le Maître caché les exposent aux railleries concertées d'incrédules ou de sceptiques impuissants à se défaire de l'attrait corrupteur du siècle. « Je ne suis qu'un gauche quémandeur, disait Jacques, et souvent éconduit. Mais ces reclus ont leurs grandes et petites entrées au ciel. » L'âme du contemplatif, écrivait magnifiquement un Chartreux, construit au fond d'elle comme la maison du Seigneur, où il s'enferme par amour, tranquille, silencieuse, vide de toute image profane, remplie par la majesté divine, et il y chante un perpétuel cantique en action. (Page 118) -----
La seule grâce qu'un croyant sincère puisse se permettre d'implorer est de devenir meilleur. A-t-on le droit de demander, pour soi-même ou pour d'autres, le miracle de croire? S'accomplir selon les aspira- tions vraies de notre nature, c'est forcer les portes de lumière. Il nous est moins demandé de nous dépenser en génuflexions que de travailler à développer notre stature morale. (Page 196)
----- Les grands mots sont d'un usage fréquent et facile dans les bouches viles. (Page 259) ----- « On ne va pas à Dieu, disait-il, en condotticrc, frappant à sa porte du pommeau de la rapière et réclamant un pichet du meilleur vin. On neva pas non plus à Dieu comme un failli renfloué se présente au Mont-de-Piété, pour retirer des objets précieux mis en gage. Encore moins comme un épargnant avaricieux, confiant en la réputation du Crédit céleste et séduit par le haut taux de l'intérêt consenti. Ni, cependant, comrîie un mendiant implorant place au feu et à la chandelle. Comme un malade haletant, un infirme perclus, un prisonnier évadé, aux chairs encore marquées de la morsure des fers? Pas même. A quoi bon s'évertuer à des images, rapetisser le Maître à notre ressemblance ? On va à Dieu comme l'aveugle à la nuit, l'alpiniste à la montagne, le marin à la mer. Il s'agit moins de conquérir l'éternité que de s'y abîmer et de ne plus être. » (Page 273) ----- Le plus triste roman est celui d'une déchéance. Il ne s'y passe rien, rien que le lent suicide d'un homme, la désagrégation de son âme, la corruption de son énergie, de ses dons, de ses quelques vertus. Il a été écrit des milliers de fois. Mais il arrive souvent que le triste héros, bénéficiant d'une complaisance mystérieuse de la fatalité, demeure dans l'inconscience de son abjection et trouve, au contraire, pendant que se parachève sa ruine, un égoïste plaisir à perpétrer aveuglément contre lui-même un suprême attentat. Il est moins fréquent qu'il reste jusqu'au dernier instant le lucide observateur de son drame, bourreau intelligent, désolé, implacable, d'un moribond couvert de plaies et d'outrages, en qui, chaque matin, il se reconnaît avec une épouvante et un désespoir accrus. (Page 274)
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