Extraits d'une interview donnée à François-Luc CHARMONT, Gavroche (1 novembre 1945) Il fuit les journalistes, ignore les milieux littéraires, vit et travaille, à l’ordinaire, loin de Paris. C'est pourquoi la faveur du ciel et une aimable ruse des éditeurs m’ont seules permis d’approcher Pierre Molaine. Et vous leur devez, lecteurs, la première interview qu’il accorde. Petit, épais, râblé : on sent un homme vigoureux. Le visage, à la mâchoire carrée, marque dès l’abord une calme énergie. La bouche qui sourit, les yeux bruns, très doux, disent une bonté lucide. Front large , des cheveux noirs et plats, tirés en arrière. .....
- ?… (Mon étonnement). Pourtant !
- Vraiment ? J'aime à le savoir, car Batailles pour mourir révélait un auteur connaissant fort bien, à mon sens, l’esprit des chars et les péripéties d'un combat.
..... - Quel temps vous laisse, pour composer, la vie militaire ?
- Et sans peine, à ce qu’il paraît ?
- Vous demanderai-je quels sont vos maîtres ?
- Une véritable vocation !...
- Toutefois, la question littéraire vous passionnait.
- Nos grands prosateurs, sans doute ?
- Parmi ces derniers, lesquels préférez - vous ?
- Vous pensez que... ?
- Quoi d’étonnant ? Votre premier roman témoignait d’un goût très vif pour la psychologie et, plus encore peut-être, pour la psychopathologie.
..... - Votre premier manuscrit, l’avez-vous présenté à plusieurs éditeurs ?
- Voilà qui sonne russe ! Pourquoi l’avoir abandonné ?
- Vous avez donc repris votre véritable identité ?
- Je le comprends et vous crois. Aussi vais-je abgréger mon questionnaire ? Vous n’avez donné sous l’occupation qu’un seul roman ?
- A prévoir ! Vous y rapportiez avec trop de talent et de flamme l’ardeur et la compétence de nos combattants des chars.
- C’est cet ouvrage, d’ailleurs, que vous présentez pour le Goncourt 45.
- Bravo ! A-t-il pour sujet la guerre ou la résistance ?
- Vous étiez, si je ne m’abuse, en quatrième position pour le Goncourt 1944 ?
..... Je tairai la fin de l’entretien, qui fut court. En nous quittant, nous avons dit les futilités aimables qui sont de mise. Molaine était debout, carré, fort : il donnait une impression d’énergie sûre et puissante. Et je pensais, tout en parlant d’autres choses : j’ai déjà vu cette stature et ressenti une impression analogue. En effet, c’était, hier, Saint-Exupéry. C’est, aujourd’hui, Molaine. L’aviation, les chars : deux écoles d’héroïsme et de passion. Les Goncourt vont-ils couronner en Molaine le Saint-Exupéry des chars ? François-Luc CHARMONT, Gavroche, 1 novembre 1945 |