...... "une autobiographie discursive romancée" ...... L'Estrapade récit Editions Edilivre, 2013 Il y a belle lurette que je m'inscris en faux contre la légitimité des institutions, le bien-fondé des hiérarchies, que je professe ma haine, mon mépris de l'homme et de la société, que je prêche la malfaisance des civilisations et souhaite l'avènement d'un déluge - eau, fer, feu, qu'importe ! - où l'arche de Noé coulerait par le fond. (Page 32) ------ Concevoir le néant est exclusivement affaire d'intellect et suppose préalablement la connaissance intégrale de l'encyclopédie humaine. L'homme est si étroitement prisonnier du néant que, quelle que soit l'activité à laquelle il s'adonne, aussitôt qu'il cherche à élargir le cercle dérisoire de sa science ou perfectionner son art, il s'y heurte immanquablement. Le génie, rare et multiforme - si tant est qu'on puisse appeler génie un pouvoir exceptionnel d'abstraction ou d'évocation - est toujours amené à piétiner au seuil de la même porte. Le mathématicien méditant l'équation du monde, l'artiste aux prises avec la beauté affective, d'un geste pareil y toqueront en vain et un pareil vertige les gagnera alors même qu'elle ne s'entrebâillera qu'à peine sur cette immensité en regard de quoi l'immensité de l'espace et l'intensité du temps ne sont que des mesures étriquées. Que dire de l'astronome, du physicien, du médecin, du mystique ? Négliger les leçons des devanciers illustres qui, sans s'essayer pour la plupart à forcer cette porte, ont du moins battu ses abords, tenu le journal de leur itinéraire, dressé l'inventaire de leurs découvertes, eût été d'une légèreté impardonnable... Il convient d'écarter avec mépris l'hypothèse selon laquelle le néant, à l'instar d'un fluide, se caractériserait par une certaine docilité due à son inconsistance, ou, à l'instar d'une argile, par une plasticité qui permettrait de le modeler au gré de sa fantaisie ou suivant les exigences de la nécessité. Cette hypothèse fait à l'homme une part trop belle, en voulant sauvegarder les droits et la prééminence imaginaire dont il s'est sans cesse leurré. Il ne peut rien contre le néant, parce qu'il en participe. Le néant ne se laisse ni pétrir, ni canaliser. Concevrait-on un néant domestique ? Nous sommes une prolifération de cellules autour d'un rien intime, la planète, un calcul honteux et fortuit de la gravelle cosmique. (Pages 38-39) ------ Il convient d'écarter avec mépris l'hypothèse selon laquelle le néant, à l'instar d'un fluide, se caractériserait par une certaine docilité due à son inconsistance, ou, à l'instar d'une argile, par une plasticité qui permettrait de le modeler au gré de sa fantaisie ou suivant les exigences de la nécessité. Cette hypothèse fait à l'homme une part trop belle, en voulant sauvegarder les droits et la prééminence imaginaire dont il s'est sans cesse leurré. Il ne peut rien contre le néant, parce qu'il en participe. Le néant ne se laisse ni pétrir, ni canaliser. Concevrait-on un néant domestique ? Nous sommes une prolifération de cellules autour d'un rien intime, la planète, un calcul honteux et fortuit de la gravelle cosmique. (Page 41) ------ 1) Noms donnés en Suisse à certains cors des Alpes utilisés aussi lors de conflits guerriers, et ce en lien avec les cantons d'Uri et d'Unterwalden. A la bataille de Granson (1476), ils ont fait reculer Charles de Téméraire. (Page 52) ------ Mais quoi ! Ce monde doit se voir périr, la terre désorbitée rouler d'abord, longuement, vers les profondeurs éternelles. Hommes, ne soyez pas chiches d'épouvante, de désespoir. Aidez-nous, comprenez-nous maintenant que notre consolation amère est d'être prévenus des lendemains qui nous attendent ? (Page 54)
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