...... "une autobiographie discursive romancée" ......
roman Editions des traboules, 2009 Les temps sont révolus. Une foudre biblique est tombée du ciel. L’incendie partout a pris, le feu est à la baraque. Danse macabre sur les premiers décombres. Vous, jeunes vivants, vous puez déjà sur pied, avancés comme de vieux cadavres. Dégoût, telle est ma drogue invétérée, désormais inexorable. J’ai besoin d’elle. Il me la faut, il me la faut, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain. « A quelle perfection d’abîme sommes-nous parvenus, écrivait un Maudit, qu’il ne nous reste plus d’espoir pour déchoir ? » (Page 4) ----- Vivre sous la tutelle de la mort, c’est déjà un opprobre. Sous la curatelle du Nombre, c’est le tourment entre tous, l’abjection accomplie. (Page 4) ----- Qu’est-ce qui importe quand nulle contingence, même la pire, ne prévaut ? (Page 4) ----- L’immémoriale difficulté d’être sera toujours la tarte à la crème des sophistes. (Page 5) ----- Le matérialisme sordide des masses a eu au moins le mérite de démythifier l’acte gratuit. Le hara-kiri et le sacrifice des bonzes s’arrosant d’essence pour une crémation spectaculaire, c’est vieux jeu. Nous dégénérons, certes, mais sans recherche de l’effet. (Page 16) ----- Certes, les imbéciles sont une denrée dont l’homme d’esprit doit consommer quotidiennement pour subvenir aux besoins supérieurs de sa vie. Mais l’usage immodéré des imbéciles est pire que celui de la bonne chère. Il conduit à une cirrhose irrémédiable. (Page 21) ----- Le Dieu chrétien est mort. L’intérimaire ? Un tricheur-né, un hâbleur-né. Il ne prend rien au sérieux, et c’est pourquoi Satan l’imite, à moins qu’il n’imite Satan. Il perd son temps en farces et subterfuges. Il fait ses réussites avec des cartes biseautées. Il joue notre sort avec des dés pipés. (Page 32) ----- Mûrie trop vite et sûre uniquement de ses refus, la jeunesse ne veut rien offrir à ses aînés, auxquels elle doit tout, hormis son négativisme, veule ou fracassant. Un besoin effréné de jouir sans lutter : la pire décadence. Le règne de la Bête commence. (Page 38) ----- La liberté absolue s’acquiert par une accoutumance progressive à l’idée de la mort et à la conscience de sa réalité inéluctable. Vaincre la mort n’est pas être immortel, mais, au contraire, assumer le plus courageusement possible la condition d’« être mortel ». Être plus fort que la mort revient à en accepter sans cesse l’inéluctabilité et ne jamais être « diverti », volontairement ou non, de celle-ci. (Page 45) ----- Dieu chrétien pas mort ? Si, et même enterré. Le dieu intérimaire est un amateur, fainéant, opportuniste, qui tolère, concède, brigue, dialogue et pactise, au lieu de commander. Avec la complicité de ce dieu démagogue l’Église renie ses saints et ses martyrs. Le ciel est couvert de graffiti immondes, œuvre de clercs pétroleurs. (Page 52) ----- On écrit quelquefois que la vie est absurde et toute une philosophie s’est bâtie sur ce postulat. La vie collective est absurde. La vie objective est absurde. La vie subjective ne l’est pas, mais elle dégénère brusquement ou lentement, et c’est ce qu’on nomme la vieillesse, absurdité divine qui châtie le péché originel. (Page 54) ----- Pauvres poètes. Avec des mots, ils pouvaient énoncer des énigmes. Avec des mots, ils ne pouvaient les résoudre et ils confiaient leur peine aux dieux qui leur parlaient à l’oreille. C’était le temps de la poésie inspirée. Mais la poésie est morte sous les coups des barbares, un fatras de mots hasardeux ensevelit le jardin dévasté des Muses et le dernier poète a péri, encagé, dans les oubliettes des coteries. (Page 61) ----- L’ère qui commence dégage une odeur écœurante et fumeuse. L’avenir est nausée. Révolution ? Mutation ? Trêve de logomachie ! Perdition. (Page 61) ----- L’homme se déprend de tout, même de la magnificence de ses propres créations, quand il parvient à les accomplir. À force de démythifier, les sots d’aujourd’hui mystifient. Ces iconoclastes se jobardent eux-mêmes. Et à quoi sert de le répéter ? On vieillit en soi et par les autres, en soi sans surprise, par les autres dans l’étonnement, puis avec colère. (Page 71) ----- Une poigne de fer sera seule propre à maîtriser les rats pullulants qui infestent les nouveaux bas-fonds de la société. Les jeunes singent les aînés dont ils dénoncent les ridicules. Ils se parent de qualités et de qualifications qu’ils refusent aux combattants des tranchées. Aucune valeur n’est plus admise, sinon celle de ces Narcisses, émerveillés de leur couardise et de leur incapacité. (Page 81) ----- Ils nous la baillent belle, messieurs les philosophes patentés. Leurs enseignes prometteuses, leurs étalages alléchants, leurs étiquettes ronflantes, leurs soldes publicitaires, leurs rabais de faveur, leurs services après vente, leurs prototypes de compétition, leurs thèses, antithèses, synthèses – cycle sans fin – leurs critères, supputations, réflexions, propositions, contestations, conclusions, controverses, leurs inductions et déductions, les « concepts-horizon » de celui-ci, le « point oméga » de celui-là, tous les signes et intersignes dont ils s’alarment ou s’enivrent, quelle brocante d’idées et de beaux mots ! Ils nous la baillent belle, ces érudits de pince et de croc qui dérobent notre confiance à la tire dans la bousculade des esprits, nous dévêtent de vive force des croyances censément usagées et nous exposent à nous-mêmes, cloués au pilori de leurs systèmes sophistiqués. À quoi bon ratiociner ? Rien ne sert mieux à cerner et définir l’énigme des énigmes, sans toutefois aider à la résoudre, que la fréquentation de la mort au chevet des autres et son approche à votre propre chevet. La mort est toujours victorieuse. Elle est la victoire immanente à Dieu, comme Dieu est immanent au monde spinozien. (Page 99) ----- Le processus du délire obsessionnel, collectif ou individuel, est toujours le même. Il se manifeste par une évolution croissante de l’agressivité. À l’envie de salir succède celle de détruire. La mode des graffiti au goudron sur les carrosseries des automobiles de luxe introduit obligatoirement celle des crevaisons de pneus, puis celle des incendies volontaires, préliminaire elle-même de la vague d’incitation au meurtre et des voies de fait contre les personnes qui annoncent la guerre civile. Aujourd’hui embrasement des pinèdes, après-demain fusillades. (Page 121) ______________ |