...... "une autobiographie discursive romancée" ......


La bidoche

roman

Editions Calmann-Levy, 1965




Non, Dieu n'est pas celui qu'on imagine, ni le ploutocrate céleste, propriétaire terrien,

surveillant ses domaines d'un œil triangulaire sévère au ras de l'horizon, ni le potentat

invincible, roi des rois, soleil des peuples, assis inaccessiblement sur un trône de béatitude,

parmi les puissances et les dominations, ni le justicier courroucé des prophètes, sceptre de

fer et glaive de feu en mains, ni le Grand-Père Éternel prêchi-prêcha des iconographies,

barbu, chenu, bourru, taquiné par la goutte. Plaise à Dieu ne ressembler qu' à lui-même !

C'est un artiste, sans plus, mais quel ! Accompli devant lui-même, modeste, désintéressé,

compréhensif je vous assure, serviable, généreux, conciliant, accueillant, et qui n'a souci

que du beau, s'appliquant scrupuleusement à ses créations. Un idéaliste pur. Un Michel-

Ange qui vaut dix mille Buonarroti. Plus que le génie même : l'essence, le principe, le

substrat du génie. Supérieur dans la nature morte, prodigieux dans le paysage, inégalable

dans l'abstrait, il faiblit étrangement dans le nu et le portrait. Il rata l'homme. Il en demeure

mortifié. L'homme est le lapsus de son infaillibilité. Cet échec le dispose à toutes les

indulgences. Aussi préfère-t-il, pour le temporel, s'en remettre à des procurateurs. Ces

fonctionnaires lèvent dîmes et gabelles, perçoivent tontines et péages, décrètent de prise

d'âme, défèrent aux sacrées rotes, précipitent en ergastules, hissent sur les autels, dressent

les palmarès, fulminent les imprécations, brandissent les foudres, signent les contrats.

Cependant, Dieu, inspiré, peint sans modèle. Le cosmos est son atelier. (Page 14)


-------


Mourir seul. On est plus à son aise pour satisfaire ses petits besoins suprêmes. On est le témoin, plutôt que la victime, du curieux phénomène de très hauts miroirs réfléchissant longuement votre image avant de se muer en vitres transparentes, où se découvre un destin récapitulé, puis en verres dépolis, obscurcis de buée. Qui voulez-vous reconnaître alors, puisque vous ne vous reconnaissez plus vous-même ? Qui sont ces ombres à peine dessinées ? (Page 232)


-------


Voix des ténèbres, voix que per­çoivent les saints, les héros et les sages, contents de mourir sans idée niespoir de sacrifice, sans recherche ni effet d'héroïsme, sans souci de salut ou de rédemp­tion, sans curiosité, dédain ni orgueil, de mourir pour rien, avec une indifférence suprême, le problème de la mort,de ses suites, étant net de tout intérêt au regard de l'énigme insoluble de la vie. L'éternité ? Peut-être.Tant mieux. Le néant ? Et quand cela serait . Combien de fois avons-nous désiré dormir ? (Page 281)


_______________





Grâce à l'autorisation des ayants-droit de l'auteur,

 vous pouvez accéder à l'oeuvre entière ICI

(Sous licence et copyright)