Au fil de quelques articles sur 



Les Orgues de l'enfer

1950

Prix Renaudot


(Aujourd'hui réédité en e-book)


 

"Molaine a obtenu le Renaudot. Arrivé le matin même, il n'a pas trop mal supporté les fatigues de la journée, malgré deux nuits de voyage... Il m'avait demandé de l'accompagner à la radio car il avait une peur panique du micro. Voyant sa nervosité..., Jean Duché, qui l'interviewait, semblait avoir presque aussi peur que lui;  il a été très patient, très doux, très prudent."

Edmond BUCHET, Les Auteurs de ma vie,  Buchet-Chastel, Paris, 1969, page 170

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Edmond_Buchet

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"C’est en 1947, au cours d’un séjour forcé de trois mois à l’hôpital militaire de Lyon, qu'il se trouve placé devant le spectacle particulièrement affligeant des pensionnaires des asiles d'aliénés. Il compatit profondément… et ainsi naît dans son esprit le chant obsédant des Orgues de l'enfer.

Cet admirable, dialogue tantôt dramatiquement humain et tantôt grotesque, tantôt s’élevant sur les sommets de la poésie et tantôt sombrant dans une satire particulièrement amère, violente et désabusée, c'est pourtant à Céline, mais à un Céline mesuré, chatié et soucieux de la forme qu’il nous fait penser.

Avec Pierre Molaine, le lyrisme rentre dans le roman contemporain et s'y arroge la place d’honneur. "

Georges BOUDAILLE, Arts, 6 décembre 1950

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"Les Renaudot ont couronné, eux aussi, un livre effervescent : cette histoire si brillamment écrite, ce conte fantastique et vécu : Les Orgues de l'enfer, de M. Pierre Molaine, où un fou, caché chez les fous, réussit à simuler la folie avec une perfection qu'eût enviée l'auteur du Horla. J'en ai parlé voilà cinq semaines. Je comparais M. Pierre Molaine à l'admirable jongleur Rastelli; je parlais de " haute école ". II y a de l'Edgar Poe, dans le génie - ingenium - de M. Molaine. Son talent n'était plus à découvrir. On le consacre, tel qu'il est, rusé, sagace, éclaboussant."

Robert KEMP, Les Nouvelles littéraires, 7 décembre 1950

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"Tandis que les Goncourt couronnaient une histoire morbide de garçonnets et de fillettes pervers jusqu’au sadisme, avides de sang et de souffrances, et autant dénués de vraisemblance que d’intérêt, les Renaudot décernaient leur prix à une autre histoire de fous, mais de fous qui s’avouent déments – encore que l’on ne sache plus très bien, au termes des Orgues de l’enfer, si Blancpain est ou non un simulateur, et si son récit est rêvé ou réellement vécu. Mais son talent de narrateur – ou plutôt celui de l’auteur, M. Pierre Molaine – est certain. Il possède un style puissant, coloré, un sens aigu du dialogue et de la mise en scène, un pouvoir d’évocation remarquable : récit, délire ou reportage, les Orgues de l’Enfer est un ouvrage hallucinant."

Le Journal du soir, 19 décembre 1950

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"...  Pierre Molaine a une manière franche de s'attaquer à un sujet qui n'est plus tout neuf, mais qu'il connaît bien. On apprécie sa viguer, sa simplicité. C'est, à n'en pas douter, un écrivain dont on peut attendre des oeuvres de haute valeur et d'une belle facture."

Henri PETIT, Le Parisien libéré, 5 décembre 1950

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"...L'architecture de ce récit est ainsi musicale, obsessionnelle. Il possède, surtout, faut-il le dire, la valeur d'un témoignage authentique; car ces choses ne s'inventent pas. Et ce témoignage est rendu avec une charité, une fraternité dont l'accent vibre sans pathos. Pierre Molaine est certainement un homme de qualité, une âme d'exception, un caractère trempé. Ecrivain, il a beaucoup à nous apprendre de sa riche et amère science des coeurs et des destinées..."

Jean MOGIN, La Vie littéraire, 16 décembre 1950

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" L’ouvrage, écrit dans une forme qui évoque par maints aspects la texture musicale, est traversé de refrains douloureux et de prières insensées, entrecoupé de rappels lancinants que déchirent par endroits des entrevisions de vie libre et équilibrée, et qui créent un envoûtement d’une oppressante beauté. Il y a là, tracées dans une prose d’un lyrisme discret, des pages d’un éclat sans défaillance, où sourd une chaleureuse fraternité humaine, si réconfortante et si rare dans la littérature contemporaine, que l’on voudrait, en dépit d’une certaine difficulté d’accès, due à la trop grande densité psychologique d’un style très ferme et très soutenu, recommander à chacun de lire ce livre, exact et vrai dans son intensité, comme un témoignage, et qui pose une fois de plus l’insoluble problème d’une humanité meurtrie à laquelle la science, en dépit d’expériences hasardeuses et cruelles, ne réussit pas à apporter le secours efficace de ces techniques nouvelles. "


André GASCHT, Le Thyrse, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique janvier 1951, Bruxelles 

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" … Les Orgues de l’enfer nous introduisent dans un univers hallucinant qu’Edgar Poe n’aurait pas désavoué. Il est à craindre que la sombre et violente poésie de son récit dont l’action de passe derrière les murs d’un hôpital psychiatrique ne trouve pas tous les lecteurs qu’elle mérite. En ces temps de guerre froide, les gens aiment qu’on ménage leurs nerfs et qu’on leur propose une évasion salutaire. Or, les fous de Pierre Molaine ne sont pas précisément de tout repos, et le grand talent de l’écrivain leur confère une vie, une réalité, une puissance de suggestion qui pourraient bien nuire au succès du livre. Ce serait dommage !

Jean ROUSSEL, L’Orient-le Jour, 12 décembre 1950

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